" Inconscient et langues étrangères "

Coordonné par José Luis Atienza (Département des Sciences de l'Education, Université d'Oviedo)
in éla (études de linguistique appliquée), revue de didactologie des langues-cultures
Juillet-Septembre 2003, n° 131

ELA
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Les Belles Lettres, 25 rue du Général Leclerc, 94270 Le Kremlin-Bicêtre)

 
 

 

QUITTER L'ÉTOUFFANT APPARTEMENT:
LANGUE, PAYS, FAMILLE, CONTRAINTES, ETC.

Résumé : ce texte reproduit, sans coupures ni censures, l'échange épistolaire qui a eu lieu entre le coordinateur de ce numéro des ÉLA et l'écrivain Pierrette Fleutiaux au sujet du rapport de cette dernière aux langues étrangères, notamment à l'anglais. Cet échange, qui n'a pas peur de courir le risque d'un certain exhibitionnisme, a été conçu comme un exercice pratique de compréhension de la place de la langue étrangère en tant que lieu de transfert où quelque chose de l'autre cherche à se dire.

 

Chère madame,

Il y a quelques années, en feuilletant un cahier littéraire, que le journal Le Monde (24 09 97) dédiait au centenaire de la naissance de Louis Aragon, je suis tombé sur une brève interview où vous répondiez, entre autres, à cette question : " À quel moment de votre vie et par quel livre avez vous découvert Aragon ? ". Je commençais à l'époque à m'intéresser aux rapports entre apprentissage des langues et inconscient et votre réponse à la question ci dessus m'a énormément intéressé. La voici :
" J'ai "découvert" Aragon d'une manière qui m'en a éloignée pour de nombreuses années. J'ai vingt trois ans, je passe l'agrégation d'anglais. Epreuve de thème : un passage extrait du roman Les Beaux Quartiers. S'y trouve l'intérieur d'un appartement bourgeois de Paris. Cet appartement est rempli de meubles, de rideaux, de souvenirs. Des objets, rien que des objets... Ces objets, bien sûr ont un sens, traduisent des rapports sociaux et familiaux, et leur description minutieuse s'inscrit dans une vision politique. Mais je ne vois rien. D'emblée j'étouffe dans cet appartement de fiction. Un brouillage affectif m'empêche de penser clairement, j'ai envie de quitter ma table, d'abandonner l'épreuve, d'abandonner tout.
Que se passe t il ? Il se passe que si j'ai fait des études de langue étrangère, c'est justement avec l'espoir de quitter l'étouffant appartement (langue, pays, famille, contraintes, etc.). Or ce texte m'y replonge avec une force quasi symbolique et d'autant plus violente que je ne suis pas en mesure à l'époque de la comprendre, je reste, cependant. Je reste et je travaille dans une confusion mauvaise, les yeux piqués de larmes ".
Vous en souveniez vous ? Si je vous écris, c'est parce que je suis en train de préparer un numéro de la revue Études de Linguistique Appliquée dont le sujet sera quelque chose comme " la langue étrangère en tant que lieu d'émergence de l'inconscient ", et que je voudrais vous inviter à y participer pour témoigner de votre expérience.
Ce n'est pas un discours savant que j'attendrais de votre part, mais un vécu, un récit de ce mystérieux rapport que vous aviez avec l'anglais et peut être avec d'autres langues étrangères. Qu'est ce que cela a représenté pour vous d'apprendre l'anglais ? Qu'est ce que vous fuyiez vraiment en fuyant l'étouffant appartement que votre langue et culture maternelles représentaient pour vous ? Quel rôle continue à avoir pour vous l'anglais et les langues étrangères ?
Voici donc le sens de ce courrier que je vous adresse avec l'espoir d'obtenir une réponse de votre part.

En attendant cela, je vous prie, chère madame, de croire à l'expression de mes sentiments distingués.

Salutations très cordiales.

José Luis Atienza

 

Cher José Luis Atienza,

Comme c'est étrange que quelques lignes écrites il y a des années aient pu créer un écho qui me revienne ainsi... Je vais faire mon possible pour répondre à votre demande au sujet " la langue étrangère en tant que lieu d'émergence de l'inconscient ", que je trouve passionnant et à l'avance je me réjouis d'en lire les différents articles. Il m'arrive régulièrement de réfléchir à la faute d'orthographe comme faille dans la langue par où file l'inconscient, c'est un autre sujet... mais il y a des points communs. Avez vous lu Nord perdu de Nancy Huston, chez Actes Sud ? Une grande partie du livre tourne autour du problème de Nancy avec l'anglais, langue de son Canada d'origine, de la mère, des grandes plaines etc.., et le français, langue choisie, de la ville, de la culture, de l'amour etc.
Votre suggestion est une bonne occasion pour m'y mettre à penser, à mon tour. Penser à ma façon, c'est à dire que je ne me sens pas compétente et que je n'ai pas les compétences pour produire une analyse savante, je ne peux faire que quelque chose de personnel, avec le contexte de ma vie et de mes romans. Cela ira-t-il ?

À bientôt donc, et merci de votre proposition.

Pierrette Fleutiaux.

 

Chère amie,
merci de votre prompte et positive réponse.

" Quelque chose de personnel, avec le contexte de ma vie et de mes romans ", c'est justement ce que j'attends de vous.
Je voudrais profiter de ce courrier pour vous remercier d'avoir écrit Des phrases courtes, ma chérie. Sans doute les femmes doivent y trouver des choses qui m'échappent nécessairement, mais le sujet est au fond universel comme l'est votre écriture : moderne et classique, en même temps, discrète et exhibitionniste (dans le meilleur sens du mot) à la fois, franche et rentrée dans le même mouvement... J'ai bien remarqué les deux ou trois références que vous y faites à la langue (p. 127 129). Au sujet de ce que vous dites page 129 (" On ne devine pas ce que c'est, ce hissement perpétuel, chez ceux qui portent au cœur de leur chair une langue d'enfance qui est une langue méprisée ") j'ai pensé au très beau livre du psychanalyste Jacques Sibony, Entre deux, plus précisément au chapitre dédié à l'entre deux linguistique. Je suis certain que vous aimeriez.

Salutations très cordiales.

José Luis Atienza

 

Cher José Luis Atienza,

réfléchissant au sujet dont vous m'avez parlé, l'inconscient et la langue étrangère, j'ai écrit plusieurs pages sur le rapport assez compliqué que j'entretiens avec la première langue étrangère que j'ai apprise, la seule que je parle à peu près couramment, l'anglais. Mais je n'étais pas satisfaite. Il y avait quelque chose que je n'arrivais pas à atteindre.
C'est alors que m'est revenu un souvenir très ancien. C'était un de ces chocs qui se produisent dans l'enfance, et il avait trait aux langues étrangères.
Voici qu'un jour j'apprends qu'il y a des gens sur terre (par groupes très nombreux) qui ne parlent pas " normalement ", qui ne parlent pas comme nous. C'était déjà dur à avaler, c'était une sacrée surprise. Mais la suite allait être encore plus dure, si dure que, même aujourd'hui, des dizaines d'années plus tard, je n'ai pas réussi à l'avaler tout à fait. Bon, me suis je dit après la première révélation, ce ne doit pas être si compliqué. Une simple question d'ajustement, c'est tout. Ne pouvant imaginer l'étendue de cette variabilité linguistique dont je venais d'appréhender l'existence, mon esprit, spontanément, s'était mis à fabriquer une solution. Cela se passait dans le domaine instinctif de la survie, la survie d'une cohérence dans laquelle s'était construit mon nid premier, la survie donc de ma sécurité enfantine. C'est une histoire bizarre, l'expliquer clairement en détruit nécessairement la force d'impact, l'évidence immédiate qu'elle eut à l'époque. Une histoire que mon esprit inventa d'un coup, qui se présenta quasiment toute faite, comme une formation de l'inconscient, et que je vais reconstruire de manière tout artificielle, avec le regard et les mots d'aujourd'hui, et en vous demandant un peu de patience.
Voici donc ce que je me figurai (instantanément, je le répète, sans réflexion ni recherche) : à chaque lettre de chaque mot (de nos " mots " à nous bien sûr) correspond une autre lettre, selon un code d'appariement particulier à chaque langue. Un simple remue ménage des 26 lettres de l'alphabet, et voilà, le travail est fait, on parle la langue étrangère. Système de permutation interne pas si compliqué que ça. Bizarre, fastidieux, mais amusant peut être.
En somme, " on " avait distribué le paquet de 26 lettres à chaque équipe d'étrangers et chacun s'était arrangé à sa façon. Explication plausible, pas trop dérangeante en fin de compte. Cela se passait un peu comme avec les cartes, pour ce que j'en savais. Il y a toujours les mêmes 36 cartes, mais on peut les combiner selon des règles différentes pour jouer à toutes sortes de jeux.
Notez bien, j'acceptais une combinatoire différente des 26 lettres de l'alphabet, mais je ne remettais pas en question ces 26 lettres, ni a fortiori les lettres elles-mêmes, c'était le socle donné d'avance (par qui ? par Dieu, bien sûr), le même pour tous. Je ne remettais pas en question non plus la morphologie générale des nouvelles langues ainsi constituées : en chacun de leurs segments, les phrases se calquaient exactement sur les nôtres, ou, si l'on veut, les unes sur les autres. Je le rappelle, dans ma méthodologie linguistique, seul l'ordre des lettres changeait. Il y avait donc cet autre socle donné d'avance (par qui ? par Dieu toujours, pardi) : un patron linguistique immuable, qu'avec les 26 lettres maternelles et divines chaque langue étrangère habillait à sa façon.
Le socle, c'est important, ça ne peut se remettre en question, par définition. Donc : nos 26 lettres, déjà bien connues, et notre langue à nous, servant de patron à toutes les autres. Mon nid d'enfant tenait bien dans ses branches. D'accord, il y avait d'autres nids, mais copiés sur le mien. Pour l'instant, rien de trop ravageur Se trouvait ainsi fort bien rattrapée, me semblait il, la bourde initiale qui avait donné lieu à l'existence des langues étrangères. Je n'en étais, hélas, qu'à ma première révélation.
Un peu irritant, tout de même, cette histoire de code d'appariement des lettres. Irritant, vu le travail déjà fourni. Les lettres et leurs combinaisons telles qu'elles se pratiquent " normalement ", c'est à dire en français si vous y tenez (mais cette qualification ne surgissait même pas dans mon esprit, puisque j'étais dedans, totalement, dans le français), je venais d'y consacrer plusieurs années de ma vie : grande section de maternelle, CE1, CE2, CM1, etc., beaucoup d'efforts déjà.
C'était donc une belle concession à ces fantasques étrangers que d'apprendre leur code à eux et de recaler toutes les lettres en fonction !
Ce code était mon idée du dictionnaire bilingue, un dictionnaire tout plat : une seule double page, 26 lettres à gauche pour le français, leur équivalent à droite pour la langue étrangère, et après que chacun se débrouille. Allez les enfants, chantons en chœur " a pour v ", " b pour g ", faites vos lignes, récitez., j'entendais déjà la maîtresse déployer ses gentilles séductions pédagogiques.
Seulement j'étais décidée à la devancer J'étais une enfant formidablement sérieuse et responsable. Les pays du monde comptaient sur moi pour se comprendre, j'allais m'y coller sur le champ. Et toute seule de plus, pour épater qui de droit et mon cousin surtout, à peine plus âgé, mais qui avait déjà voyagé dans ces fameux pays où on parlait étranger. Donc, voyons le dictionnaire. Pas le dictionnaire des " explications ", mais celui des " transcriptions ".
Si le dictionnaire bilingue était nécessairement tout plat, le dictionnaire multilingue global devait être, lui, beaucoup plus épais, aussi épais de pages qu'il y avait de langues. Une à gauche avec 26 lettres en ordre normal et une à droite avec 26 lettres dans un autre ordre pour une autre langue, et ainsi de suite, avec aussi quelques pages supplémentaires pour des exemples. Je comptais sur ces pages supplémentaires pour choisir ma première langue étrangère : si les mots donnés en exemple faisaient joli, ce serait celle-ci. Je la choisirais en fonction de son allure picturale, ensuite je passerais à d'autres. Jusqu'au bout du monde. Pour venir à bout de ce monde, c'était ma mission. Ce que j'ai découvert alors m'a horrifiée. M'a mise KO. M'a fait plonger dans le mot " suicide ", mot noir, essence de cauchemar, mot sans contenu, sans image d'action, épouvantable en lui même.
Le mot " suicide " s'est présenté trois fois dans mon enfance : suicide métaphysique (celui que je viens d'évoquer), suicide pour cause de honte, toujours sans image d'action (quelque punition reçue à l'école, inavouable) et suicide sentimental (vers 14 ans, par amour déçu, et presque suivi d'action, mais cette fois encore le mot a bien suffi à l'horreur). Le dictionnaire était énorme, le dictionnaire était plein de mots ahurissants, visiblement fabriqués sans ordre ni méthode, le dictionnaire était une monstruosité. Et ce n'était que le bilingue, le multilingue global n'existait pas, ne pouvait exister.
Et voici ce qu'il me révélait, ce monstrueux dictionnaire : il me révélait que pour chaque objet du monde, il fallait apprendre un autre mot. La science linguistique ne se résolvait pas en une simple transcription, lettre par lettre. Tout se disait radicalement autre. Il n'y avait pas de code, la langue se chamboulait totalement d'un pays à un autre, de la bouche des étrangers sortaient des crapauds, ces crapauds n'avaient ni les mêmes lettres ni la même longueur que les nôtres, c'étaient des " toads " par exemple. Naturellement ce " toad ", personne n'aurait pu le trouver tout seul à partir de " crapaud ". " Toad " aurait dû être, par exemple, " dsbqbve " (prononciation : déz'bé kub'vé), en décalant d'une place chaque lettre de notre crapaud dans l'alphabet. C'est cela que " toad " aurait dû être dans un monde raisonnable. S'il fallait absolument des langues différentes, il y avait là une solution acceptable, donnant lieu à des mots d'aspect étrange, bien sûr, mais bon, c'était justement cela une langue étrangère.
Difficile aujourd'hui de retrouver l'horreur qui s'est emparée de moi. Ce fut ma révolution copernicienne, la fin de mon innocence, le monde était un chaos, d'un pays à l'autre il fallait le renommer entièrement, et ce monde était déjà si vaste, la tâche déjà si longue dans une seule langue, désormais l'in ni se profilait à mon horizon, aussi effrayant que la nuit, empli de myriades de mots agglutinés en galaxies inaccessibles. Cela signifiait que tout ce que j'avais appris à l'école, cet alphabet de 26 lettres tel que notre langue l'avait organisé, n'était qu'une minuscule partie du travail à fournir le travail d'école durerait toute la vie, le travail d'école était une galère sans fin, une tâche de Titan, de Sisyphe (ces mots entendus à la maison, ponctués de lourds soupirs, ah je les comprenais maintenant!), ma langue n'était pas au centre, il n'y avait pas de centre, pas de socle, pas de raison, j'avais perdu ma confiance dans le monde, ma confiance en Dieu (déjà pas en si haute estime chez nous), j'étais effarée.
Sur un plan philosophique, je suis devenue adulte vers six ou sept ans, avec ma découverte de la nature erratique des langues étrangères. Les choses ont dû s'arranger un peu, avec l'apprentissage du latin qui offrait quelques repères, une certaine rationalité limitée, et puis on s'endurcit, n'est ce pas. Ensuite, vers l'âge de treize ans, à la suite d'une de ces tempêtes enfantines grosse de larmes, de révolte et de chagrin, et aussi de brusque et folle témérité, je décide du type d'études que je vais poursuivre et en fais part très officiellement à mes parents : je vais étudier une langue étrangère (donc l'anglais, la seule proposée dans notre lycée).
Parents consternés : l'anglais était ma matière la plus faible. Alors pourquoi ?
Mon explication ordinaire est la suivante : désir de fuite, quitter le cercle étroit de nos collines et l'étau des contraintes familiales. Ciel, avion, hôtesse de l'air, anglais, cela faisait une séquence cohérente qui offrait une première trouée pour aller voir ailleurs si les enfants étaient plus libres et la vie plus sucrée. Sans doute.
Je me dis aujourd'hui qu'il y avait bien plus que cela. Par la découverte de la nature arbitraire des langues, j'avais eu la révélation de l'arbitraire du monde. L'envers de la foi. Un gouffre ouvert sous la langue maternelle, un gouffre au sein de la nature maternelle du monde, et nous des enfants au sol incertain, aux parents fragiles, réfugiés tous dans des nids instables, vagissant des paroles de vent, divisés irrémédiablement, et passablement perdus dans un univers qui ne nous parle, à la fin des fins, qu'une langue radicalement étrangère.
Cette révélation par les langues, je l'ai ici décortiquée par étapes, expliquée, " racontée ". Sans doute s'est elle faite en un éclair, un " flash " d'intense lucidité, comme il en arrive aux enfants, et qui n'a cessé de réverbérer par la suite dans des couches désormais plus organisées de la personnalité. Je me suis lancée dans la langue étrangère comme j'aurais pu me lancer dans l'astronomie, l'astrophysique, la microbiologie, la génétique. Comme je l'aurais dû, s'il y en avait eu la possibilité à mon époque dans mes circonstances, ou plutôt l'idée de la possibilité, si j'avais su, ou pu, ou osé, ainsi vont parfois mes ressassements.
Ce " flash " originel, je devine qu'il irradie toujours derrière chacune des phrases que je prononce dans la langue étrangère, qu'il est la cause d'un trouble qui parfois, sans prévenir, me fait hésiter, ou bafouiller. Je crois qu'il y a là quelque chose que je n'arrive pas à avaler, que je ne cesse de ronger au bord des lèvres, comme l'enfant effarée que j'étais, et d'où dérive tout le reste : le désir toujours à vif pour les langues, les plaisirs et humiliations qu'elles me causent, les conquêtes et abandons successifs, les défaillances traîtresses de la mémoire, les incertitudes masquées et les triomphes secrets, l'amère incompétence dont je me fustige et la connaissance solide dont je m'enorgueillis. Défi permanent, enjeu obscur, tout un cirque comme on dit, un cirque où je suis à la fois le clown, l'équilibriste, le voltigeur et le spectateur. Et où, tout de même, il y a beaucoup d'occasions d'amusement, il faut le dire aussi. Mais...

P.F.

 

Chère amie,

merci du très beau texte que vous m'envoyez. Texte beau et séduisant, mais qui me laisse sur ma soif. J'ai l'impression que vous voilez des choses, inconsciemment sans doute, puisque ce sont des choses qui n'arrivent pas à émerger à la conscience.
D'un côté vous dites que vous avez commencé par écrire quelques pages qui ne vous ont pas satisfaite. Vous les avez gardées, ces pages ? Parce que j'aurais aimé les lire (même si elles ne sont pas susceptibles d'être rendues publiques) : puisque la psychanalyse est un discours de soupçon, je tends à imaginer que votre refus de continuer à travailler dans la direction de ce premier jet recèle une " résistance ", c'est à dire que par là vous refuseriez d'accepter de savoir à propos d'une vérité trop parlante dans ces lignes abandonnées.
D'un autre côté, votre précoce trouvaille de dictionnaire plurilingue composé par combinatoire des 26 lettres de l'alphabet français me fait penser au cas singulier de Louis Wolfson. Je ne sais pas si vous connaissez ce personnage extraordinaire : il a écrit en français (il est américain) un texte précédé d'une belle introduction de Gilles Deleuze sous le titre Le schizo et les langues, où il raconte son rapport à sa langue maternelle, l'anglais. Pour fuir le pouvoir que sa mère avait sur lui à travers cette langue il passe son temps à chercher dans d'autres langues des mots qui pourraient remplacer les mots de l'anglais, mais qui seraient le plus proche possible des sons des mots de celle ci. Il invente donc une langue à lui, pour quitter sa mère sans quitter sa langue maternelle. Ce n'est pas votre cas, je le sais, mais ce que vous racontez dans votre texte pourrait, peut être, à la lumière du témoignage de Wolfson, en être éclairé.
Enfin, toujours par rapport à votre texte, vous écrivez, dans l'avant dernier paragraphe ceci : " Je me suis lancée dans la langue étrangère comme j'aurais pu me lancer dans l'astronomie, l'astrophysique,... " Vraiment ? Toujours est il que vous avez choisi une langue et en plus une langue dans laquelle " [vous n'étiez] pas bonne... ". Comme c'est curieux, comme c'est bizarre !, pour le dire avec la formule d'un des personnages de Ioneso. Parce que tout ce que vous dites dans le dernier paragraphe semble indiquer que ce choix n'a pas été le fait du hasard, ni de la logique rationnelle, mais de la logique libidinale. Naturellement, celle-ci ne fonctionne point indépendamment du contexte social, familial, scolaire, etc., mais tout de même. Ce qui est intéressant c'est que, finalement, vous êtes devenue prof d'anglais et pas d'une autre matière. Cela doit vouloir dire quelque chose ! Entre autres, que les difficultés scolaires en anglais devaient cacher un conflit : p.e., l'anglais était, peut être, lieu de fuite..., mais de fuite interdite, ou, en tout cas, coupable. Que s'est il passé après que vous ayez affiché votre choix devant vos parents (ou devant votre mère) ? Ces difficultés ont elles continué où se sont elles adoucies ?
Et puis il y a toujours votre réponse à la question (" Quand et comment avez-vous rencontré Aragon ? ") posée par Le Monde : votre angoisse devant le texte d'Aragon, vos larmes, votre aveu : " c'est que si j'ai fait de l'anglais c'est pour fuir l'étouffant appartement : langue, famille, patrie... ". Comme c'est curieux, comme c'est bizarre... ! On vous questionne au sujet de rencontre et vous parlez de séparation. Pourquoi, donc, aviez-vous besoin de quitter ce fameux appartement familial et qu'avez vous trouvé, en échange, dans l'anglais ? En quittant le français pour l'anglais vous vouliez quitter quoi ou qui ? Et votre émotion en retrouvant le français lors de votre concours est le symptôme de quelle volonté de refus ? En lisant votre Des phrases courtes... il me semble qu'il y a un rapport entre ce désir de l'anglais et votre relation à votre mère... L'anglais vous permettrait il de faire des phrases longues, c'est à dire de prendre la parole librement ? Mais pourquoi ? Librement par rapport à quoi et à qui ?

Voilà, chère amie, quelques réactions à votre texte. Je ne sais pas si ceci vous remue assez pour vous donner l'envie de creuser encore un peu.... si vous avez le temps.

Salutations très cordiales

José Luis Atienza

 

Cher José Luis Atienza,

ouh ouh votre message en effet pousse aux grands remuements. Procédons par ordre. Mon texte ne dit pas tout. Il y a de la résistance. Bien sûr ! Comme je vous l'ai peut être déjà dit, je ne suis pas très à l'aise dans l'élucidation " théorique " des problèmes, peut être par paresse, peut être par une certaine conformation psychologique, peut être par prédisposition naturelle, ça doit bien exister ça aussi, la prédisposition naturelle, même si elle est aussi en partie culturelle. La " théorisation ", la discussion pour le dire en termes simples, m'a toujours fait un peu peur. Elle entraîne polémique, prise de position, etc. toutes choses pour lesquelles je suis mal préparée. Je redoutais beaucoup les querelles dans mon enfance, celles de mes parents bien sûr. La porosité de mon psychisme (que je n'aime pas cette façon de s'exprimer) me faisait, me fait toujours entrer dans les arguments de chacun et ne laisse en moi qu'un champ de bataille. La fiction est tout autre chose. Elle permet de faire entrer tous les points de vue, ne demande pas des choix idéologiques, et s'il y a prise de position, elle se fait à travers l'approche formelle, les personnages mis en scène, bref à travers l'écriture. J'ai des certitudes dans la fiction, dans l'écriture, je n'en ai aucune par ailleurs.
Ce qui nous amène à la résistance. J'ai fait une psychanalyse (avec quelqu'un que m'avait recommandé Gilles Deleuze, donc dans le sillage de l'antipsychiatrie), et elle m'a aidée à vivre, dans l'immédiat, et à me débarrasser de certaines pétrifications internes qui m'empêchaient de mener des relations satisfaisantes. Néanmoins, ma façon de " creuser ", on la trouve dans mes livres, et ce qu'il y a à trouver est aussi dans mes livres. Il me semble que ce n'est pas à moi d'aller chercher ce qu'il y a à " trouver ", dans l'environnement familial, dans l'enfance etc. Tout est à lire dans mes livres, et d'ailleurs j'ai l'impression que vous l'avez très bien " lu ".
Louis Wolfson. Je pense que j'ai dû lire ça à l'époque où je lisais et fréquentais Deleuze. Mais ma façon de lire ce genre de texte est particulière aussi. Je lis toute théorie (ou critique ou essai) presque comme je lirais des romans, je les parcours comme une expédition dans une forêt obscure, y prenant ce que je sens confusément m'être utile.
Pour revenir au texte que je vous ai envoyé, n'oubliez pas que c'est une reconstruction et explication a posteriori en langue adulte de ce qui a été une sorte de révélation enfantine non formulée explicitement, non réfléchie, une sorte de fulguration sans doute vite oubliée.
Une logique libidinale. Sans doute. Mais ne pas oublier non plus le contexte des années cinquante, dans une petite ville provinciale passablement à l'écart. Mes profs d'anglais n'étaient guère allés en Angleterre, leur prononciation, leur connaissance de la langue parlée étaient bien relatives, nous traduisions beaucoup, essentiellement Shakespeare, et quand j'ai enfin abordé la langue pour de bon, en fac., c'était déjà un peu tard question flexibilité de l'esprit. Je n'ai vraiment pénétré cette langue qu'en vivant aux Etats Unis. Mais à Guéret, à l'époque, la langue étrangère était vraiment une bonne ligne de fuite, accessible à une fille comme moi (ce que n'était pas l'astronomie etc. tous domaines qu'on n'imaginait guère pour une fille, aliénation intérieure et situation extérieure objective !).
Les raisons de la fuite en question : il me semble que j'en parle suffisamment dans Des phrases courtes, ma chérie, non ?

Bon j'arrête là pour l'instant. Finalement je vous renvoie la balle ! À bientôt.

Pierrette

 

Chère Pierrette,

en effet, vous me renvoyez la balle ! Et je ne sais pas trop quoi en faire, sauf vous la renvoyer à mon tour, peut être pour une dernière fois. Je vous donne ainsi l'opportunité de dire le dernier mot ou, si vous le préférez, de poser la dernière question, ou, plutôt, de poser, la dernière, les questions qui vous sembleraient pertinentes. Au lecteur de s'en débattre. Poser ou se poser des questions, n'est ce pas la meilleure et peut être la seule manière éthique de répondre aux interrogations qui sont à l'origine de la pensée, en particulier de la pensée scientifique ?
Dans votre dernier texte, je trouve d'abord cette référence à l'origine de votre peur de la " théorisation ", de la polémique, de la prise de position et qui, par voie de conséquence, expliquerait votre investissement du discours fictionnel : " la porosité de [votre] psychisme ". Deux remarques me viennent à l'esprit par rapport à ceci : d'un côté, j'y trouve un encouragement au doute que j'avais émis dans mon précédent courrier concernant votre affirmation au sujet du manque de significabilité de votre élection de l'anglais au lieu de " l'astronomie, l'astrophysique, la microbiologie, la génétique ", domaines qui se marient mal avec la fiction ; de l'autre et ceci va dans le même sens , le constat que le choix d'une langue étrangère, et plus précisément l'anglais, langue de communication universelle, peut être interprété d'abord comme un tout premier choix fictionnel, dans ce sens que l'étrangeté de cette langue serait le lieu d'un autre discours, irréel par rapport au discours réel signifié par la langue maternelle. Quelle meilleure fiction que celle désignée par la langue étrangère ! Mais aussi, quelle meilleure manière de laisser parler son propre réel (Lacan ne disait il pas que l'inconscient était " le réel du sujet, en tant que troué " ?), de le découvrir en même temps que de le couvrir, l'occulter, qu'à travers et dans une langue étrangère ?
Dans un deuxième moment vous me renvoyez à vos livres où les réponses aux questions que je vous posais devraient être claires. C'est vrai que déplacement (métonymie) et condensation (métaphore) sont pour les psychanalystes deux des ruses employées par le sujet de l'inconscient pour ne pas se laisser avoir et que, partant, les productions littéraires d'un auteur pourraient être considérées comme des lieux d'émergence de l'inconscient. Marthe Robert, Charles Mauron, Didier Anzieu, André Green entre autres ont pratiqué, chacun à sa manière, comme l'avait fait déjà Freud, le premier, la lecture psychanalytique des œuvres littéraires. Moi même je m'y suis un peu exercé il y a quelques années. Je ne le ferai pas ici. Mais j'observe que dans votre Des phrases courtes... vous laissez entendre que votre mère a appris le français comme une véritable langue étrangère (sa langue maternelle étant le " patois de son village ") : " Apprendre le français, avant toute chose. C'était la première porte de toutes celles qu'elle a dû forcer [...] Pour pénétrer ce monde inconnu qui s'étendait au delà de la campagne, il fallait d'abord en apprendre la langue " (p. 128). En lisant ce texte je ne peux pas m'empêcher de penser que c'est de vous même que vous parlez ici, par le truchement d'un autre mécanisme de l'inconscient, la projection : le français aurait été pour votre mère l'instrument qui lui a permis de quitter son village natal, comme l'anglais a été le levier dont vous avez eu besoin pour abandonner votre monde d'origine. Y compris votre propre mère, mais d'une manière telle, dans ce cas, que dans le même mouvement de fuite vous vous rapprochiez d'elle en imitant sa démarche libératrice : une manière de ne pas la quitter en la quittant. Et tout votre livre ne serait que le récit de cet effort de votre part pour vous détacher de cet attachement... ou pour vous faire pardonner votre détachement. Alors, quand vous écrivez, en parlant toujours de votre mère, cette phrase que je vous ai déjà signalée, " on ne devine pas ce que c'est, ce hissement perpétuel, chez ceux qui portent au cœur de leur chair une langue d'enfance qui est une langue méprisée " (p. 129), j'y lis un appel au lecteur pour qu'il imagine l'effort que vous avez dû faire pour quitter le français, langue que vous auriez, d'une certaine manière, méprisée.
Bref, vous êtes partie dans la fiction une manière de quitter le réel à travers une langue étrangère, et vous retournez plus tard dans le réel, le français, mais par le truchement de la fiction. Parcours exemplaire s'il y en a.
Voici donc, chère amie, quelques propos, un peu excessifs peut être, en réaction à votre dernier courrier. À vous de suivre pour clore ce dialogue public.

Amitiés

José Luis Atienza

 

Cher José Luis,

le choix d'une langue étrangère comme tout premier choix fictionnel ? L'étrangeté de cette langue comme lieu d'un autre discours, irréel par rapport au réel signifié par la langue maternelle ?
Voilà qui me donne à réfléchir. Et notez bien que dans mes choix fantasmatiques de " carrière " figuraient essentiellement (figurent toujours) l'astronomie ou l'astrophysique. Un souvenir qui revient. J'ai eu une amie, beaucoup plus jeune, qui après avoir passé ou perdu plusieurs années à traîner dans le métro avec des musiciens ambulants pour glaner quelques sous a soudain décidé de devenir astronome. J'ai assisté à sa soutenance de thèse à la Sorbonne, sur " Les vents solaires ". Naturellement je n'ai rien compris (la syntaxe, je la comprenais, mais le vocabulaire très spécialisé semblait celui d'une langue étrangère d'où ne ressortaient de temps à autre que quelques chiffres et petits mots de liaison et bien sûr l'expression " vent solaire " qui traversait le discours comme un grand vent, justement, enflammé, lointain, mystérieux). Et pourtant, je garde de cette heure dans une salle imposante où bien sûr je ne connaissais personne en dehors de mon amie, un sentiment d'enchantement. Serait-ce (comme vous le suggérez) que j'étais emportée, par ce souffle des grands espaces de l'univers, très loin de la langue maternelle ? Loin de la langue dans laquelle ma grand mère et ma mère discutaient âprement du prix des œufs que la première avait fourrés dans le sac de la seconde (toujours au moment du départ, dans la cour de la ferme, tandis que mon père s'impatientait et que je sentais poindre l'orage familial). De la langue dans laquelle se querellaient parfois le soir mes parents, dans leur chambre (et comme tout enfant je guettais les moindres modulations de ces querelles dont j'exagérais sans doute l'importance réelle, mais qui très réellement me mettaient dans une grande angoisse). De la langue dans laquelle ma mère parlait de ses migraines, de ses problèmes de " femme ", de mère, de fille, d'épouse, toute cette féminité qui me cernait comme un marécage. Et aussi de la langue dans laquelle il fallait faire ses devoirs, subir les contraintes imposées par les maîtresses, apprendre l'orthographe, avoir peur des mauvaises notes (j'étais enfant d'enseignant, cela comptait !) et plus tard, étudier l'Histoire, cette absurde et horrible matière pleine d'hommes en armes, de rois avides, de sorcières brûlées, etc. La langue du " français " enfin, c'est à dire cette matière où on devait " disserter ", et je n'aimais pas disserter Et pour terminer la langue première, celle de l'enfant apeurée, dépendante, puis de l'adolescente très empêtrée... Donc, oui, la langue étrangère, langue de libération...
Langue de la Libération aussi... Celles des Américains. Et en voilà une autre histoire, surtout en ce moment (moment d'Histoire qui me rend bien malheureuse).

Cher José Luis, votre dernière lettre a déposé comme des œufs (pas les mêmes que ceux pré-cités !) dans mon esprit, il faut que je leur laisse un temps de couvaison avant d'élaborer davantage là dessus... Je suis une lente, lente à tendre mon arc (mais rapide à décocher la flèche) Ouh ouh ces métaphores ! Nous partons à Venise pour une semaine, ma valise n'est pas faite, je dois vous quitter sinon ça va barder.

Amitiés.

Pierrette.

 

Cher José Luis Atienza,

me revoici. L'avantage de Venise c'est qu'on y parle italien, que l'italien je le comprends suffisamment pour me diriger, mais pas assez pour suivre le journal télévisé, et donc pendant une semaine j'ai échappé à cette fascination morbide et douloureuse pour le feuilleton irakien (dans cette dernière affaire et quoiqu'il y ait à en penser, je suis plutôt contente que l'une des parties soit nommée comme " Washington " et non pas New York).
On parle italien à Venise, et ça c'est aussi très rigolo, parce que l'italien (que je n'ai pas étudié du tout) c'est quand même de la famille latine, c'est comme aller chez une petite cousine piquante et irrévérencieuse, une petite cousine qui s'amuse à tout embrouiller et prononce d'une drôle de façon, ce qui fait qu'on reconnaît et ne reconnaît pas les mots familiers (les vrais, les français !), en tout cas on a l'impression qu'elle se fiche de la grammaire et de l'orthographe, c'est une délurée qui joue avec ce que vous ont appris les maîtresses à l'école, et qui chantonne si joliment dans ce français trituré à plaisir comme de la pâte à modeler, c'est l'impression que me fait l'italien de Venise, et vous comprenez, ça n'a rien à voir avec l'espagnol, dont j'ai étudié les conjugaisons et déclinaisons, que j'adore, mais qui, dans le genre cousine, m'intimiderait plutôt, à cause de cela justement.
Bon, la langue étrangère, l'autre, celle que vous parlez quasiment aussi bien que la vôtre. La langue étrangère contre la langue maternelle. La seconde vous colle à la peau, c'est vous, vous dans la fusion indistincte, vous baignez dans la langue maternelle comme dans le liquide amniotique, elle est votre vision du monde, on est dedans, on ne peut y échapper. Sauf et voici la littérature qui entre enjeu sauf lorsque se présente un texte, un livre, un poème qui fait de votre propre langue comme une langue nouvelle, ni tout à fait autre ni tout à fait différente, à la fois très étrange et très proche, ce que Deleuze appelle la langue " mineure " au sein de la langue majeure et qui est celle que se fait le grand écrivain, ce choc là, Beckett pour moi. Déjà dit, non ? La langue étrangère. Celle qui offre une autre vision du monde, de soi, qui offre un autre soi, une autre peau de mots, un autre environnement, une autre planète quasiment. La séduction de vivre à New York : pouvoir passer d'une langue à l'autre. Avoir un refuge à soi (le français), secret, intime, où se replier loin de la langue dominante, et avoir un grand espace ouvert (l'anglais) pour filer hors de soi quand nécessaire. Et le jeu. Le jeu perpétuel avec l'entourage qui est dans la même situation linguistique que vous. Deux langues, les sauts de l'une à l'autre, les glissements, mélanges et superpositions, cache-cache, poursuites, trouvailles, des surprises toujours, l'espace même du ludique. Ce qui n'empêche pas que cet espace soit aussi souvent et peut être l'un va t il avec l'autre, comme pour les enfants dans le jeu celui de l'inquiétude permanente (le mot qui manque, l'incertitude soudaine sur la syntaxe, sur l'accent de mot, de phrase etc.), tout cela qui vous renvoie encore à la position de l'enfance, mais cette fois versant désagréable, pas assez désagréable pour annuler le bonheur La langue étrangère : la fuite, je l'ai assez dit, mais aussi le doublement de soi même, un élargissement, et quel plus grand élargissement de soi ce serait que de disposer de trois, quatre langues ou plus encore !
La langue étrangère : séduction décuplée lorsque l' " autre " parle aussi une autre langue. Le roulement suave d'un accent égyptien au téléphone : drogue irrésistible. L'amour ravi, l'amour sexe, il faut qu'il y ait quelque part de la langue étrangère, entre ou autour, niais ce serait encore une autre histoire à creuser. Et nous n'allons pas nous lancer là dedans, n'est ce pas ?

Amitiés, Pierrette.

 

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