De l'Ile de Pâques et de la littérature
(Une conférence autour du roman L'Expédition)
 
 

 

En Octobre 1997, je suis partie à l'île de Pâques. J'y ai fait un séjour de quelques semaines. Je ne suis pas partie parce que j'avais dans l'idée d'écrire un livre. Ni non plus parce que je souhaitais passer des vacances exotiques. J'ai seulement éprouvé un désir impérieux, obsédant : aller à l'île de Pâques.
Au cours des rencontres avec mes lecteurs, je m'entends souvent poser la même question : Pourquoi avez-vous écrit ce roman ? Qu'est-ce qui vous a donné l'idée de telle ou telle histoire, de tel ou tel personnage? Autrement dit : d'où viennent les idées des écrivains ? Pour les romanciers, les écrivains de fiction comme on dit parfois, la question est embarrassante. Ils savent rarement comment et où se présentera le prochain roman. Les idées de roman sont partout, le monde grouille d'idées de roman, vous avez sûrement dit ou entendu dire (votre voisin, votre mère, votre belle-sœur, n'importe qui) : " ça, ça ferait un bon roman " ou bien " tu devrais écrire un roman là-dessus. " Certes, mais cela marche rarement. Ce genre de réflexion, si bien intentionnée soit-elle, peut même vous rendre assez malheureux. L'écrivain à qui s'adresse cette phrase fatale se sent soudain bien démuni. Eh oui, c'est vrai, il y a dans ce qu'on vient de lui raconter une très bonne idée de roman, comment donc se fait-il qu'il se sente incapable d'en tirer quelque chose ? Et l'interlocuteur continue avec enthousiasme, ajoutant souvent cette autre réflexion : " si j'avais le temps, j'écrirais un roman là-dessus ! " C'est en somme comme si l'écriture d'un roman était la chose la plus facile du monde et que seul le temps ou des activités plus sérieuses, plus pressantes, retenaient tout un chacun d'en produire à volonté, et de plus passionnants peut-être que ceux que vous écrivez d'ordinaire.
La chose la plus facile du monde pour tout un chacun, sauf pour vous, l'écrivain, qui êtes justement supposé avoir fait de l'écriture de roman votre spécialité, votre occupation la plus constante, quasiment la raison de votre existence.
Le problème, c'est que cela ne se passe pas comme ça. Un événement capital, qu'il se passe dans le monde en général ou dans votre entourage immédiat, peut s'avérer totalement improductif sur le plan romanesque. Un événement insignifiant peut au contraire se révéler très fertile. Il n'y a pas en somme de " bon sujet ". Situation inconfortable, on le devine, mais à laquelle les romanciers sont habitués.
C'est qu'il faut bien autre chose qu'une circonstance extérieure, si remarquable soit-elle, pour ouvrir les vannes au flot d'écriture. Il faut que cette circonstance entre en résonnance avec ce qui très anciennement et obscurément vous a constitué comme personne. Il faut qu'elle rencontre un courant souterrain dont peut-être vous ignoriez jusqu'à l'existence mais qui soudain va gonfler, gronder ou chanter en vous, demander à venir au jour.
Il faut du désir, un désir secret tout aussi mystérieux que le désir amoureux.
Donc j'ai eu ce désir d'aller à l'île de Pâques, ce n'était guère le moment pour moi, à tout point de vue, mais quand ce genre de désir se présente, on est mystérieusement averti qu'il faut le suivre. Je pense souvent à cette phrase de Samuel Beckett qui conclue si cocassement et tragiquement un de ses courts textes où il raconte la navrante foirade d'une rencontre de jeunesse avec une prostituée : " L'amour, ça ne commande pas. ". Mon désir d'île de Pâques ne se commandait pas.
C'était le printemps austral. Le printemps austral, il faut le reconnaître, ressemble en tous points au printemps de nos pays. Seulement il y a le mot " austral ", avec le mot austral, il y a l'expression " hémisphère sud. " Pour l'enfant qui vit toujours si puissamment chez tout écrivain, l'hémisphère sud reste l'endroit où les gens marchent sur la tête. Bon nombre des histoires qui m'ont impressionnée dans mon enfance se passaient dans l'hémisphère sud. Par exemple, Les Enfants du Capitaine Grant, de Jules Verne. Dans ce roman, les deux enfants, avec l'aide d'un message à demi effacé découvert dans une bouteille cherchent leur père sur toutes les mers du monde, finissant par atteindre l'Australie et la Nouvelle-Zélande.
Donc avec ces trois mots-là, " austral, hémisphère sud ", je n'étais pas du tout dans le domaine du tourisme, des vacances, de la géographie, ni même d'ailleurs et bien qu'il s'agisse de la célèbre île de Pâques, dans le domaine de l'archéologie, ethnologie, palynologie etc. Avec ces trois mots-là, j'entrais dans l'immense contrée de la littérature, par un chemin détourné, obscur à moi-même, et qui m'échauffait considérablement la tête.
Je voudrais noter ceci. Les enfants du Capitaine Grant, franchement, ça ne fait pas sérieux, et pendant ce temps, c'était en 1997, il se passait des événements très graves, tout près de moi en Europe. Non, ça ne fait pas sérieux, mais c'est comme ça que ça se passe pour le romancier et s'il repousse ce genre de chose parce que ça ne fait pas sérieux, c'est qu'il n'est pas un romancier. Toutes proportions gardées, bien entendu, une petite madeleine sucrée qu'on se souvient avoir mangée quand on était un petit garçon, ça ne paraît pas non plus une affaire vraiment digne d'un adulte, surtout dans un contexte de bouleversement international. Qui aurait pensé que cela mènerait à ce monument de La Recherche du Temps Perdu. Si l'un de vos amis s'obsède sur le petit coucou d'une horloge suisse qu'il a regardé quand il était encore en couche-culotte, ne vous fichez pas de lui, on ne sait jamais, c'est peut-être un romancier…
Je me suis alors souvenue de quelques phrases que j'avais dû lire il y a longtemps, dans mon adolescence. Au début des années soixante, on parlait beaucoup de l'île de Pâques. C'était alors la grande énigme de la planète, l'île et ses mystères était l'un des sujets favoris des magazines pour jeunes, je revois confusément des dessins des fameuses statues, des titres propres à enflammer l'imagination enfantine …En tout cas, voici les phrases dont j'avais le souvenir : " Il est au milieu du Grand Océan, dans une région où l'on ne passe jamais, une île mystérieuse et isolée. Aucune terre ne gît en son voisinage et, à plus de 800 lieues de toutes parts, des immensités vides et mouvantes l'environnent. Elle est plantée de hautes statues monstrueuses, œuvres d'on ne sait quelle race aujourd'hui dégénérée ou disparue, et son passé demeure une énigme…J'y ai abordé jadis, dans ma prime jeunesse, sur une frégate à voile, par des journées de grands vents et de nuages obscurs. Il m'en est resté le souvenir d'un pays à moitié fantastique, d'une terre de rêve. "
La frégate à voile qui avait débarqué sur cette île mystérieuse et isolée était la Flore. C'était en 1872. L'île avait déjà été découverte (un siècle et demi auparavant) et le passage de ce navire n'aurait pas laissé de trace particulière s'il n'avait eu à son bord un tout jeune aspirant plein de curiosité et doté d'un grand talent littéraire : le futur Pierre Loti, qui fut en France l'un des écrivains les plus populaires de la fin du siècle dernier. Il écrivit un texte remarquable sur son séjour dans l'île : Journal d'un aspirant de la Flore. A signaler : ce texte fut écrit quelque 20 ans après son passage dans l'île, à partir des notes qu'il avait prises alors. On voit combien l'île avait dû le marquer puisqu'il lui avait fallu y revenir par l'écriture si longtemps après. Moi, je n'en suis pas étonnée.
Le jeune aspirant avait vingt ans lorsqu'il mit le pied sur l'île. Malgré l'immense fossé culturel et linguistique, il se fit aussitôt des copains parmi les adolescents de l'île et son témoignage est capital pour les savants.
A signaler que pour Pierre Loti lui-même, l'excitation de ce voyage tenait en grande partie à un mot : nuit. L'île de Pâques, en langue indigène, se nomme Rapa Nui. Cela signifie " la grande terre ". Il faut savoir que les habitants de l'île se sont longtemps crus les seuls habitants de la planète, leur île était donc la grande terre. Mais notre auteur ne le savait pas. Il lisait et entendait le mot " nuit ". Dans son esprit, il allait vers l'île de la nuit.
Ce n'était pas totalement injustifié.
L'île de Pâques, déjà à l'époque de Pierre Loti, n'offrait pas du tout le type de paysage, luxuriant, idyllique, qu'on attend d'une île polynésienne et que Bougainville avait rendu célèbre dans ses récits de voyage. C'est un rocher de lave volcanique. A l'époque de Loti, elle était aride et dénudée, sans rivière et sans arbres. Elle l'est encore dans une moindre mesure aujourd'hui. C'est une île sombre. On devine que voyager vers l'île de la nuit, c'était aussi voyager vers un territoire de l'imaginaire.
Pierre Loti n'était pas seulement un grand voyageur, il était aussi un grand écrivain. Sans doute est-ce la raison pour laquelle je n'avais pas oublié ces phrases et voici que des années plus tard, par le fait d'une rencontre de hasard, elles étaient entrées en effervescence dans ma tête.
A peine étais-je arrivée que d'autres mots se sont ajoutés au chaudron de mots magiques, faisant bouillir en plus fort la potion littéraire.
La " baie de Cook ", par exemple. Ou encore la " baie Lapérouse ".
James Cook, au cours de son deuxième voyage, a mouillé en mars 1774 au large de l'île. Lui-même n'est pas descendu sur le rivage. Il était malade, souffrait de constipation et on avait dû lui sacrifier le chien d'un officier du bord, M. Forster, afin de lui faire un bouillon que son estomac pût supporter. L'équipage quant à lui souffrait de scorbut.
Le navire de Cook n'est resté que trois jours. L'île en effet s'est révélée décevante pour des marins qui y arrivaient dans un état physique très délabré. Il n'y avait pas d'eau et pratiquement rien à manger. Dans son journal, Cook déconseille aux futurs navigateurs qui croiseraient dans les parages de faire le détour. " C'est une île bonne à rien ", dit-il.
Néanmoins ce bref passage a dû suffisamment marquer les insulaires, puisqu'ils ont donné le nom du célèbre navigateur anglais à leur baie principale, celle devant laquelle se trouve la capitale et unique village de l'île : Hanga Roa.

L'île de Pâques est située à 3700 kms environ des côtes chiliennes et à 4050 kms de Tahiti. Elle n'est sur aucune des grandes routes maritimes, c'est un point minuscule sur l'Océan Pacifique, moins de 170 kms carrés, le lambeau de terre habitée le plus isolé du monde. Son existence fut ignorée jusqu'en 1722. Les géographes de l'époque pensaient qu'il existait dans le Pacifique Sud un immense continent inconnu qui devait faire contrepoids avec les terres de l'hémisphère nord et ainsi assurer l'équilibre du globe. Le flibustier Edward Davis disait avoir aperçu une terre dans ces parages en 1687. Donc en 1722, un navire hollandais qui cherchait justement cette île perdue de Davis, aperçut à l'horizon une côte basse et rocheuse qui n'était marquée sur aucune carte. Le capitaine s'appelait Jacob Roggeveen. Lorsqu'il s'approcha, il eut une surprise encore plus grande. Il y avait des êtres humains sur cette île. Mais il n'était pas au bout de son étonnement. Sur les rivages se profilaient de colossales silhouettes, le dos tourné à l'océan. Comme c'était le jour de Pâques, Roggeveen donna à l'île le nom d'île de Pâques. On était au début du 18ème siècle, les hommes qui vivaient là encore à l'âge de pierre venaient d'avoir leur premier contact avec le reste de l'humanité.
Depuis quand était-elle habitée ? Les dates varient selon les auteurs. Bien que la plupart des mystères de l'île soient aujourd'hui éclaircis, il reste cependant nombre d'incertitudes, les datations entre autres. Dès qu'on commence à s'intéresser aux travaux sur l'île de Pâques, on a l'impression d'avancer en terrain mouvant. On croit avoir compris quelque chose et voici qu'un autre spécialiste avance quelque chose de différent. Comme si l'île se refusait, comme si elle défendait farouchement un antique secret.

Jean-François Galoup de Lapérouse, le navigateur et chroniqueur français, y débarqua en 1786. Par prudence, il fit descendre ses hommes avec " un petit appareil guerrier ", mais il leur recommanda formellement de n'en faire usage qu'en cas d'extrême nécessité. Dans son journal, il écrit " Nous ne désirions de ce peuple que la faculté de lui faire du bien ". Cette courte visite marque le passage du dernier représentant des navigateurs humanistes du siècle des Lumières. Après lui, l'île va entrer dans une ère de ténèbres et de mort.
Lapérouse n'y passa que 11 heures, mais y sema de nombreuses graines et laissa des animaux domestiques. Les habitants donnèrent son nom à une autre baie importante de l'île, celle où autrefois venaient les tortues de mer et qu'on appelait pour cette raison Hanga Hoonu, c'est-à-dire baie des tortues, aujourd'hui baie de Lapérouse ou Bahia Laperouse.
Voici en gros les quelques faits réels que je connaissais.

A cela il faut ajouter l'extraordinaire fantasmagorie qui s'est créée autour de l'île. L'île de Pâques pendant longtemps a été un condensé de mystères, elle était la plus grande énigme de la planète. Son peuplement d'abord ? D'où étaient venus ces gens ? La légende raconte que le roi Hotu Matua débarqua sur la plage d'Anakena avec deux pirogues chargée de tout son peuple, et les insulaires vous donnent le nombre exact de générations écoulées depuis. Mais comment avaient-il pu atteindre une île si immensément isolée ? Venaient-ils des îles de la Polynésie et en ce cas avaient-ils pu naviguer en remontant le vent sur des milliers de kilomètres ? Ou, comme le soutient toujours l'archéologue norvégien Thor Heyerdahl, étaient-ils des pré-Incas venus des côtes de l'Amérique du Sud, en se laissant porter par les courants et les alizés ?
Ensuite, les fameuses statues. Elles pèsent des tonnes, certaines mesurent plus de 20 mètres de haut. Il y en a partout sur le pourtour de l'île. Or la carrière d'où elles sont extraites est à l'intérieur des terres. Comment des gens dénués de tout, vivant sur une île sans cours d'eau et sans arbres, avaient-ils pu non seulement détacher du volcan de tels monstres, mais encore les descendre, les sculpter, les transporter, les redresser, les hisser sur leurs plateformes et hisser encore sur leur tête les fameux pukao, énormes cylindres de pierre rouge qui représentaient peut-être les cheveux en toupet. Enfin il y a les tablettes Rongo Rongo, tablettes de bois couvertes d'une sorte d'écriture hiéroglyphiques en boustrophédon. Il en reste une vingtaine de nos jours et elles sont encore indéchiffrées.
Il y avait là de quoi alimenter les délires les plus fous et c'est ce qui s'est produit. On a raconté que des vaisseaux spatiaux avaient débarqué là et que les statues étaient l'œuvre d'aliens faites à leur image. On a raconté que l'île était l'épicentre d'un champ magnétique puissant et que les statues se déplaçaient d'elles-mêmes en marchant. On a raconté que les routes pavées qui s'enfoncent dans l'océan étaient les restes de grandes voies de communication d'un ancien continent effondré, d'une sorte d'Atlantide australe.
On trouve tout cela dans le livre de Louis Pauwels Le Matin des Magiciens paru au début des années 60, livre dont on peut penser ce qu'on veut, mais qui eut un grand retentissement à l'époque.
Ainsi à la réalité déjà extraordinaire de cette île, s'ajoute un corpus de contes fabuleux aujourd'hui dissipés, mais qui l'entourent encore d'une aura d'étrangeté.

Ainsi l'île chevauche toutes sortes de territoires puissamment stimulants pour l'imaginaire :
le territoire du passé, celui des grandes explorations, à ces époques où il y avait encore de grands blancs sur les cartes du monde, où notre planète était aussi mystérieuse et inconnue que la galaxie l'est pour nous aujourd'hui.
Elle chevauche aussi le territoire du cosmique, si je puis dire, puisque on a fait d'elle le lieu d'élection de visiteurs venus des étoiles. Elle fonctionne ainsi comme une sorte d'aimant pour les peurs ou les espoirs d'une humanité aussi isolée dans l'univers que le fut l'île de Pâques sur la planète terre.
Enfin elle chevauche le territoire du futur, paradigme de nos civilisations modernes, boule de cristal pour l'avenir de l'humanité. On dit en effet que la catastrophe écologique qui s'est abattue sur l'île au 19ème siècle est peut-être celle qui guette notre planète.

" Un pays à demi fantastique, une terre de rêve ". Ainsi la qualifiait Pierre Loti. Pour moi, elle est devenue un lieu profondément romanesque, et j'entends par là quelque chose de très sérieux. Placer des personnages, des gens d'aujourd'hui, sur ce fragment de terre si prégnant, si chargé de sens multiples, cela pouvait mener très loin. Mais je n'en étais pas encore là lorsque j'ai pris mon billet d'avion pour Rapa Nui.

L'île en fait se visite assez facilement. Elle appartient depuis 1888 au Chili. Il y a depuis peu quatre passages d'avion par semaine, à partir de Santiago ou de Papeete. On ne peut y acheter de terre ou de maison, mais n'importe qui peut s'y rendre. Pour les voisins tahitiens, c'est une villégiature de repos. En dehors de son unique village, l'île est déserte.

Mais pour moi, elle n'était pas un lieu de tourisme. Pour qu'il y ait tourisme, il faut un certain détachement. Le lieu à visiter est là, vous êtes en face, vous ne vous mélangez pas. Or l'île était en moi, elle avait pénétré tous les recoins de mon imaginaire, elle était un lieu de l'écriture. Ses rivages sombres se profilaient pour moi à travers l'écriture de Cook, Lapérouse, Alfred Métraux, Thor Heyerdahl, Pierre Loti et bien d'autres.
A cause de cela, sans doute, je ne pouvais me contenter d'un voyage touristique. Je devais attendre autre chose de l'île, une sorte de révélation intime, et alors il s'est passé des choses étranges. J'habitais chez une famille pascuane, où j'étais plutôt choyée. Et pourtant quelque chose n'allait pas. Toutes mes entreprises échouaient. J'avais emmené un ordinateur portable tout neuf, pour communiquer par courrier électronique avec les gens de chez moi. Comme pour me paralyser et m'isoler, l'ordinateur est aussitôt tombé en panne. J'avais acheté à l'aéroport un appareil photo dernier modèle, pour ramener des vues de l'île et faire un peu d'esbroufe auprès des amis. L'appareil photo est tombé en panne.
Sachant l'île très petite, je pensais les déplacements faciles. En fait le seul bon moyen de transport, ce sont les chevaux. Mon cheval n'a jamais voulu m'obéir de façon satisfaisante.
A cause des liens avec Tahiti, je croyais que beaucoup de gens parlaient français. En fait ils parlent le rapanui, la langue indigène, et l'espagnol, la langue du pays auquel l'histoire les a annexés. Je me suis aperçue que j'avais oublié mon peu d'espagnol.
Ainsi je me suis trouvée plus isolée que je ne l'avais jamais été, étouffant pour cette île d'un désir démesuré que je ne pouvais assouvir, quasiment paralysée des jambes, de la langue, des yeux et de la main.

Cette île de Pâques est tout de même un étrange endroit. Doublant son âpre surface volcanique, s'étend un immense réseau de souterrains et de cavernes. Ce sont les anciennes poches de gaz et les tunnels formés par l'écoulement de la lave en fusion à l'époque où les volcans étaient en activité. Ils ont servi de refuge aux populations quand venaient les navires esclavagistes, chaque clan a encore sa caverne gardée jalousement secrète.
De la même façon, doublant la population de l'île, il y a une autre population invisible, les Aku aku. Ce sont les esprits des morts. Les Pascuans, qui sont pourtant aujourd'hui de plein pied avec la modernité de notre siècle, croient profondément aux esprits.
Certainement j'étais sous l'emprise des esprits Aku aku. Ils me voulaient quelque chose, je n'y croyais qu'à moitié, j'y croyais un peu.
Et peut-être tout ce qui m'arrivait était-il ce qu'il fallait. Si j'avais pu faire du tourisme comme il convient, qu'aurais-je pu écrire ? Le tourisme est une chose, l'écriture en est une autre. Je n'ai jamais rien pu écrire sur les lieux que j'ai visités en touriste. Je ne peux écrire que sur ce qui se mêle profondément à ma vie.
J'ai assisté à New York à la conférence que Jean-Paul Kauffmann a donnée sur son dernier livre La chambre noire de Longwood, qui raconte la captivité de Napoléon à l'île de Sainte Hélène. Jean-Paul Kauffmann a expliqué quelque chose qui m'a particulièrement frappée. Il n'était pas du tout parti dans l'île pour écrire un livre, juste un article pour le magazine Géo. Mais lorsqu'il a pénétré dans la maison de Longwood, il a été bouleversé par une chose inattendue : l'odeur, l'odeur de l'enfermement, du confinement, de la captivité, odeur qui sans doute réveillait brutalement le souvenir de son propre enfermement lorsqu'il était otage. Et il a su alors qu'il écrirait un livre et comment il l'écrirait. Oui, ce livre sur Napoléon, c'est parti d'une odeur. Il m'a dit combien cela paraissait étrange à ses auditoires ce début-là, qui était aussi le début de sa conférence : l'odeur …Mais je comprends si bien cela, juste une odeur.
J'ai fini par comprendre ceci : entre moi et ce lieu du monde, il ne pouvait y avoir qu'un seul chemin, celui de l'écriture romanesque.
Et pour trouver ce chemin de mon écriture vers l'île, il m'a fallu passer par l'écriture des autres. Mon roman s'est soudain dressé devant moi lorsqu'une première phrase m'est venue. Cette phrase était la suivante : " Lorsque, le 9 avril 1786, M. Lapérouse, commandant de la Boussole, débarqua dans la baie des tortues qui porte aujourd'hui son nom, il prit soin de faire semer des graines par M. de Langle, commandant de l'Astrolabe, tout au long du chemin que celui-ci fit dans l'île. Dans la langue Rapanui existe aujourd'hui le mot qui se prononce arrico et qui désigne le même légume que nous nomons haricot… "
On connaît l'importance de la première phrase dans l'écriture d'un roman. Lorsqu'on l'a trouvée, c'est qu'en fait tout le roman est déjà là, il n'y a plus qu'à suivre, la porte est ouverte, le filon est découvert.
Cette phrase déchirait enfin l'état d'hébétude et d'impuissance dans lequel je me trouvais, m'ouvrait un paysage libre comme l'océan, m'offrait un navire pour tracer mon sillage.

Pour l'anecdote, deux choses. Il y a dans cette phrase que j'ai lue une erreur historique, que j'ai découverte bien avant de me lancer dans le roman, mais qui justement m'en a ouvert la voie. Comme dans les sciences, où il arrive qu'une erreur mène à une découverte importante ! Il faut parfois faire confiance à ses erreurs, ses errements. Je ne vous dis pas bien sûr ce qu'elle est.
Ensuite, cette phrase n'est pas celle qui est, dans le livre, la première. En effet, j'avais souhaité débarquer mon lecteur directement, pour ainsi dire, dans l'île, sans préambule ni explication. Il se serait trouvé là en compagnie des quatre membres de mon expédition, au pied d'un groupe de Moai, en plein milieu d'une querelle concernant l'île et dont l'erreur que j'ai signalée était la prémisse.
Mon éditeur a pensé que cela ne convenait pas. Il ne faut pas dérouter le lecteur, qui a bien d'autres chats à fouetter aujourd'hui que la littérature. Or mon projet relevait justement du dé-routement. Rappelez-vous, l'île de Pâques n'est sur aucune route maritime connue…
" Il vaut mieux suivre l'ordre chronologique du déroulement de l'histoire ", m'a-t-on dit. Soit. J'ai accepté. C'est que j'avais vu autre chose qui allait aussi dans le sens de mon projet. Dans tous les récits de ces grands voyages d'autrefois, qu'ils soient réels ou de fiction, une bonne partie est consacrée à la préparation du voyage. Les navires du 18ème siècle partaient pour des expéditions qui duraient parfois jusqu'à cinq ans, sur des océans inexplorés. Tout devait être minutieusement prévu et agencé, les vivres, l'eau, les cordages de rechange, que sais-je. Le matériel, c'était la survie. Eh bien, mon expédition, qui par en l'an de grâce 1997, sur un Boeing hautement sophistiqué de la compagnie LanChile, va faire de même, et j'ai donc consacré mes premiers chapitres à la genèse et l'élaboration du voyage.
Mes personnages sont, je l'ai dit, des gens d'aujourd'hui, à une différence près : ils ont un modèle, un héros. C'est Lapérouse, le grand navigateur et chroniqueur d'autrefois.
Lorsque je m'appuie sur l'écriture du passé, c'est comme si je procédais à l'opération suivante : je détache la tranche de présent que je souhaite examiner et la dépose dans les immenses couloirs du temps comme dans une chambre d'échos. La tranche de réel, qu'on a ainsi détachée du présent immédiat, ce réel si difficile à appréhender, ce présent si élusif, prend alors une toute autre dimension.
Les contes de fées, par exemple et, dans ce cas, les contes de Perrault, m'ont permis ainsi d'approcher un sujet pour lequel je ne trouvais pas d'instrument d'écriture adéquat. La situation de la femme par rapport aux hommes, à elle-même, au pouvoir, à la société etc… Rien que d'énumérer ces choses m'ennuie déjà. On tombe dans le cliché ou le témoignage journalistique ou l'écriture sociologique. J'avais besoin d'un instrument d'écriture qui me permette de mettre à jour une dimension de l'ordre ou du désordre du monde d'une façon qui ait du sens pour moi. J'ai pris les contes de Perrault et les ai totalement retournés. La femme adulte dans ces célèbres contes n'a pas un rôle enviable. Soit elle est très effacée, quelques lignes à peine dans le Petit Poucet, soit c'est une méchante, la marâtre, la mauvaise mère. J'ai donné à la femme adulte ce qui revient d'ordinaire au roi: pouvoir, amour et sagesse. A partir de là, beaucoup de choses se découvrent et c'est aussi très amusant de jouer avec le français du 17ème siècle, les anachronismes etc…Le livre s'appelle Les Métamorphoses de la Reine.

Une autre fois, j'ai eu recours aux contes, cette fois les contes d'Andersen plutôt, de manière plus discrète, dans un roman qui s'appelle Allons-nous être heureux ? Je voulais décrire l'enfance croisée d'un petit français qui vit à New York et rêve d'être américain, et d'une petite américaine qui vit à Miami et en grandissant rêve d'aller en Europe. Tout cela était très réaliste : tous ces petits détails que beaucoup d'entre vous doivent bien connaître, ce que c'est qu'élever un enfant dans un pays étranger, sa réintégration ensuite dans son pays d'origine etc…Pour la fillette américaine aussi, j'avais de première main toutes sortes de détails réalistes. Mais recopier platement le réel, c'est ennuyeux et surtout dénué de signification. Cette petite américaine est d'abord très laide, trop grande, trop grands pieds, trop grande bouche : un désastre dans une famille qui cultive avec ardeur le rêve américain. Jusqu'à sa transformation à l'âge de 15 ans, où cette laideur replacée par dans le contexte qui convient se révèle une très grande beauté. La jeune fille devient top model. En filigrane de cette histoire assez banale finalement, on entend les échos d'un conte ancien, celui du Vilain petit canard d'Andersen par ex. (mais il y en a d'autres dans ce livre), et ces échos permettent de hisser l'histoire et les personnages à un niveau où ils prennent une autre dimension.

Dans L'Expédition, il m'a fallu me glisser dans la phrase de Lapérouse, le rythme de cette phrase du 18ème siècle, pour pouvoir simplement aborder mon roman. Disons, prendre appui sur le fil de ces phrases, comme sur une rampe.
Il m'arrive encore aujourd'hui de me demander si le fait d'être une femme ne m'impose pas encore une certaine timidité, la trace d'une ancienne timidité devant l'Histoire, cette Histoire de mes manuels scolaires où (à mon époque du moins) les femmes semblaient n'avoir aucun rôle sérieux. Longtemps je n'ai pu écrire de " véritable roman ", à cause de cet empêchement secret. Mais ceci serait trop long à explorer.
Donc quatre personnages d'aujourd'hui s'en vont en expédition au bout du monde. Trois femmes et un homme. Parmi les trois femmes, il y a Angèle Lapérierre, auteur connu de récits de voyages. Elle sort tout juste du deuil d'un veuvage récent et s'attache à sa nouvelle entreprise avec beaucoup de sérieux. Elle s'adjoint une collaboratrice, la Professeur, Charlotte Delépine de Langle, célibataire endurcie, 50 ans environ, d'une morale rigoureuse. Comme dans les anciens voyages d'exploration, il y aura également la figure du savant : dans ce rôle, Monica Martinière, très jolie jeune femme un peu évaporée, chercheuse au Museum d'histoire naturelle. Il faut aussi un homme à tout faire, régisseur, secrétaire : ce sera Olivier Banks, 25 ans, qui s'ennuyait jusqu'alors au guichet d'une banque et qui accepte avec enthousiasme de suivre le trio. Il aurait fallu un photographe, un géographe, un archéologue, un linguiste etc., mais on manque d'argent, et on part donc à quatre.
Se retrouve là une situation qui m'amuse et me stimule toujours beaucoup : le renversement des rôles habituels. Ce sont les dames qui sont les chefs, et le jeune homme qui est dans la position subalterne (très heureux d'ailleurs dans ce rôle).
Au début ce sont des figures assez stéréotypées des romans d'aventures : par ex. la figure de celle que j'appelle la Professeur, on pense au Professeur Tournesol, au Professeur Paganel (Jules Verne), à cet autre professeur dont j'ai oublié le nom dans le film Jurassic Park. Mais le dé-routement dont j'ai parlé vient assez vite. La puissance réelle de la vie, de l'émotion, fait bientôt craquer de toutes parts ces stéréotypes…
J'ai mis au féminin les titres donnés à mes dames. Cela n'a pas été du goût de tout le monde. " Mais c'est affreux ! " A l'oreille ? A l'oreille secrète que l'esprit s'est construite selon les critères de son milieu ?
Je comprends l'objection mais ne peux " naturellement " la partager. La Commandant, la Professeur, la Ministre, cela ne me gêne pas du tout ! Cependant je ne suis pas non plus aussi évidemment habituée à ce pourtant très " naturel " accord du titre au sexe que, disons, les Québecois. La perception à l'ancienne qui demeure en moi de la place de la femme dans la société trouve une jubilation particulière à cette féminisation des titres. Jubilation du parodique, de l'ironique. Une critique, québécoise justement, m'a dit n'avoir remarqué ni ironie ni parodie en lisant ce " la " que j'accole à mes titres féminins. Pour cause ! Cela allait de soi pour elle.
Quel est le but de cette expédition ?
Dans le superbe roman de Melville, Moby Dick, les marins qui s'embarquent à bord du Pequod savent qu'ils partent dans un but précis: la chasse à la baleine, pour collecter l'huile de spermaceti. Mais bien vite ils perçoivent, avec effroi que c'est bien autre chose qui est en jeu. Et, à un certain moment du récit, le capitaine Achab les réunit tous sur le pont et leur expose brutalement de quoi il retourne. Ce qu'il cherche lui, c'est la Baleine Blanche, celle qui lui a arraché sa jambe. Les marins frémissent, car ils ont entendu parler de ce monstre, chacun a des histoires terrifiantes à son sujet. Cependant le sombre magnétisme du capitaine est si puissant que chacun se sent aussitôt personnellement impliqué dans cette recherche.
On peut mettre ce qu'on veut derrière cette baleine blanche : le combat de l'homme avec le mal, le combat de l'homme avec lui-même. Ou tout simplement cette quête obstinée de l'homme pour saisir ce qui le dépasse, son aspiration ou son angoisse devant le mystère de l'univers.
Mes personnages donc sont partis quêter " le mystère du monde ". Ni plus ni moins ! On comprendra vite qu'il ne s'agit pas d'élucider cet énorme mystère, mais plutôt de l'éprouver, de se le rappeler, de se frotter à lui.
Bien d'autres lieux sur terre peuvent permettre d'éprouver ce mystère. Le désert par exemple. Mais l'île de Pâques est vraiment un endroit unique. Lorsqu'on s'assoit le soir sur les rochers déchiquetés de la baie de Cook, on voit cette ligne ininterrompue de l'horizon qui marque la courbure de la terre, on perçoit l'immensité de l'océan vide qui vous entoure de toutes parts, on perçoit l'infinie petitesse de l'île, et si on lève les yeux, il y a ce ciel gigantesque criblé de milliards d'étoiles, on a véritablement le vertige. A tout instant, dans l'île, on voit des gens se pétrifier et soudain s'absorber dans une contemplation silencieuse de l'océan. On est ici à la frange extrême du monde, après quoi il n'y a qu'un vide inhumain, un énorme point d'interrogation…
Mais il y a aussi l'histoire de l'île, une histoire affreusement tragique. Le tournant le plus noir s'est produit en 1862. Plusieurs navires flibustiers péruviens ont débarqué, à la recherche d'esclaves pour travailler dans les mines de guano. Travail épouvantable qui ne permettait guère qu'une survie de quelques mois. Ils ont massacré tous ceux qui résistaient et ont réussi à emmener 900 Pascuans, dont le roi, ses fils et ses prêtres, c'est-à-dire justement ceux qui savaient lire les fameuses tablettes Rongo Rongo. Grâce à la pression de l'évêque de Tahiti, le Pérou a fini par les rapatrier. Mais il n'en restait qu'une centaine, dont la plupart sont morts sur le bateau. Les 15 survivants ont ramené avec eux sur l'île la tuberculose et la petite vérole, qui ont fini par décimer ce qui restait des habitants. Au début de ce siècle, il n'y avait plus que 113 personnes sur l'île, des gens terrorisés, misérables.
Mais bien avant déjà, il s'était passé quelque chose, d'autres événements tragiques sur lesquels les spécialistes ne sont pas tous d'accord. Un jour, le travail des sculpteurs de statues s'est arrêté. Cela a dû être très brutal. Les statues sont restées telles quelles, en cours d'achèvement ou de transport. Quant à celles qui occupaient si formidablement les plates-formes du pourtour de l'île, elles ont été abattues, cassées, elles gisent aujourd'hui au sol en tas informe. L'amiral Dupetit-Thouars est le dernier Européen à avoir vu les statues debout, en 1834. Qu'est-ce qui a causé l'effondrement brutal de la vieille civilisation pascuane ? Que s'est-il passé ?
Il y a la légende de la guerre sans merci entre deux groupes, les longues-oreilles et les courtes-oreilles. On a pensé aussi au surpeuplement, l'île aurait compté jusqu'à 14 000 habitants, surpeuplement, surexploitation des ressources, du bois en particulier, plus de bois, plus de navires, plus de pêche au large etc. Le chercheur Michel Orliac m'a dit qu'il pense plutôt à une catastrophe écologique : El nino. Il suffit de trois ans de sécheresse sur une île de ce type pour que la forêt disparaisse. Or les carotages pratiqués dans les cratères des volcans nous apprennent qu'il y a eu des arbres autrefois sur cette île pelée…
Quoiqu'il en soit, le passé le plus lointain est tout proche dans l'île : on marche littéralement partout sur des pétroglyphes, toute l'île est un site archéologique à ciel ouvert…Et on est aussi en pleine modernité. L'île se vante d'avoir la piste d'atterrissage la plus longue du monde, construite par la NASA en 1965 au cas où sa navette spatiale tomberait dans les environs…
Il y a là, sur un territoire très réduit, et avec une visibilité très forte, un condensé de tout ce qui fait l'humanité. C'est un lieu poignant, envoûtant…
L'île ne peut pas ne pas vous affecter et mes personnages vont être rapidement dépassés par l'enjeu de leur quête.
Donc la Commandant tient un journal de bord dans lequel se glissent toutes sortes d'histoires, celle que j'ai déjà racontée sur Cook, mais aussi les amours de Lapérouse, le naufrage d'une partie de son équipage dans la baie des Français, la révolte des mutins de la Bounty et l'incroyable aventure du capitaine Bligh abandonné sur une chaloupe, mais aussi l'épopée du jeune Heyerdahl à bord du Kon Tiki, et aussi les aventures fictives, celles du capitaine Achab, celles d'Arthur Gordon Pym dans le roman d'Edgar Poe…
Tout ce qui arrive à mes personnages sur l'île est mesuré à l'aune de ces aventures légendaires.
Don Quichotte femelle, Don Quichotte de l'époque des avions et du tourisme de masse, la Commandant Angèle Lapérierre va se trouver entraînée avec ses compagnons dans des rebondissements imprévus.
Petit à petit les caractères ainsi frottés à la pierre ponce, pour ainsi dire, se découvrent petit à petit à eux-mêmes et aux autres. Les blessures secrètes se dévoilent. Monica Martinière, si exubérante et séductrice, qui a tous les amants qu'elle veut et n'en fait pas mystère, finit par révéler ce qui fait sa détresse intérieure.
Et ainsi, le livre se trouve abandonner le ton parodique, picaresque pour s'approcher d'une vérité plus nue des êtres. Un autre critique a parlé d'un " voyage intuitif et cosmique à la croisée de deux infinis : le moi et la mer ". Bien sûr. Certains membres de l'expédition n'y survivront pas. D'autres s'en sortiront très bien, pas forcément ceux qu'on croit.
Et toujours il y a l'île, ses rivages déchiquetés, le regard énigmatique de ses statues, le grondement incessant de l'océan, la croix du Sud et la ceinture d'Orion la nuit dans le ciel, et parfois sur la crête d'un volcan, un Pascuan à cheval, cheveux relevés, tatouages et regard farouche …

(Note : J'utilise pour Lapérouse l'orthographe qu'il s'était lui-même choisie)

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