LIRE (mai 2008)

Quelle place pour les femmes ?

Pierrette Fleutiaux revient sur le féminisme en méditant l'exemple de Ségolène Royal

C'est un texte politique, une autobiographie en creux, un récit militant, un journal, un essai sur les femmes d'hier et d'aujourd'hui. La saison de mon contentement (clin d'oeil à Richard III de Shakespeare) a été déclenchée par l'apparition de Ségolène Royal au second tour des élections présidentielles. Pierrette Fleutiaux ne s'intéressait guère à tout ce monde officiel où les discours répondaient aux discours. Elle ne savait rien de la candidate, refusait les commentaires "people". Mais cette campagne électorale est devenue soudain pour elle un symbole d'espoir : l'image de la femme briguant la présidence de l'Etat. "J'ai pensé que ce serait sûrement l'occasion d'un grand remue-ménage intellectuel dans nos médias, qu'il y aurait des débats à la télévision avec des spécialistes, des féministes, des mises au point historiques dans les journaus, des articles de fond, des documentaires, tout un travail pédagogique comme il arrive qu'il y en ait aux grands moments de notre histoire", écrit-elle, vite déçue qu'on enterre dans les généralités un fait nouveau, d'une femme dans le monde des hommes. Son livre n'est pas une réponse à un dépit, plutôt une réflexion sur le masculin et le féminin, en grammaire comme dans la vie quotidienne, hier comme aujourd'hui. La narratrice se penche sur son passé, celui de sa mère et de son père, mais également sur sa propre adolescence dans les années 60. Elle dit les balbutiements du féminisme, ses avancées et ses échecs. elle constate les attitudes sociales rétrogrades, dans le métro ou dans la rue mais aussi dans les discussions télévisées ou les meetings publics. elle s'interroge longuement sur les phrases intégristes comme "Elle joue trop de sa féminité". Lyrique, elle peut aussi lasser par son enthousiasme digne d'un enfant devant un magasin de jouets. mais l'auteur exprime une telle force dans ce monde politiquement correct qu'il faut lui passer ses facilités trés "fan-club" et plutôt retenir sa colère. Sur la couverture de La saison de mon contentement, Pierrette Fleutiaux, sourit, dans le soleil, bien droite, les yeux dans les nôtres. elle suggère que quelque chose a changé pour elle le printemps dernier. Et, comme elle est écrivain, elle se devait d'en faire un livre pour partager mais aussi pour défier. C.F

retour