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Pour Maman |
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Entrer, avec dignité,
en maison de retraite
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On est loin du portrait de la mère. Pierrette Fleutiaux,
romancière et nouvelliste, entre ouvre il est vrai son album de famille
mais elle ne raconte pas sa vie, elle nous fait un signe. L'adulte est
un enfant qui parfois s'ignore. II oublie. Et la vieillesse de ses parents
vient le lui rappeler. Tout petit enfant il redeviendra, désarmé, ému,
coupable. Ainsi on proférera de judicieux conseils à une amie qui constate
que sa mère ne peut plus vivre seule. II existe des institutions, mais
oui, d'excellente tenue... Etc. Puis viendra le jour où l'autonomie de
son propre parent n'est plus évidente. On sera là pour lui apprendre la
nouvelle de son prochain " placement ". Là quand il organisera,
tête haute, son déménagement et le partage de ses meubles. Là quand
il embrassera d'un regard perdu ce nouveau lieu, sa dernière chambre.
Là pour constater la peau qui se fripe, (appétit qui se perd, la mémoire
qui flanche, les larmes qui viennent trop vite, les petits chantages et
les grandes menaces. Pierrette Fleutiaux raconte. Comme dans un journal
intime qui aurait perdu ses dates, ses repères et ses lieux : sa
narratrice, c'est la fille qui vient en visite. Amène chez le coiffeur,
achète une robe neuve, conduit à sa promenade. Son héroïne, c'est sans
doute sa mère. " Je ne sais pas écrire un témoignage. Un témoignage,
c'est la vie de tout un chacun copiée au plus grès. " On le frôle
pourtant. On touche du doigt la confidence. On accepte le partage. " Je
voudrais que ma mère vieillisse sans vieillir, qu'elle, vieillisse comme
dans les magazines, ou les images l'auteur au tant que la finesse de sa
plume. Ainsi parle-t-elle de la touche de rouge à lèvres sur une bouche
flétrie : " Un tel effort, la façade, dans la vieillesse. Un
tel immense effort, la simple décence, dans l'extrême vieillesse. Je ne
laisserai ersonne se moquer. " en filigrane se dessine le portrait
d'une vieille dame digne. " Elle vous sortait une vérité, parfaitement
moulée, sans l'aide d'aucun livre, comme elle le faisait avec les flans
ou les brioches qu'elle nous préparait à la grande époque. de sa vie de
mère famille. " Mais ce livre est aussi un miroir sans ornement,
simplement beau des tourments filiaux. Libre au lecteur de détourner le
regard pour ne garder que l'uvre de littérature.
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