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Tribune de Genève
Pierrette Fleutiaux demeure éternelle
Les amants imparfaits est l'un des temps forts de cette rentrée.
Tous ceux qui ont lu Nous sommes éternelles
savent très bien la place qu'occupe Pierrette Fleutiaux dans la
littérature française actuelle : l'une des premières.
Le choc de Nous sommes éternels Prix Femina 1990 et roman
comparable (quitte à commettre un crime de lèse majesté)
à Belle du Seigneur d'Albert Cohen, demeure l'un des plus
forts de ces vingt dernières années. Habileté diabolique Le livre adopte le point de vue du garçon, plongeant le lecteur dans un monde où le mystère et les non-dits se muent en une forme raffinée de suspense. « Pour eux, tout avait un sens, une logique bien à eux, tout intérieure, si j'avais su à quel point intérieure » (page 14). Pierrette Fleutiaux est friande de ces incursions suggestives - « si j'avais su » - qui laissent entendre que tout va basculer. Au niveau narratif, le roman fonctionne précisément sur ces distorsions entre action et introspection. Jusqu'à mettre en péril une chronologie pourtant linéaire, mais dont les bonds en avant ou en arrière, via de très longues phrases, ont pour effet de briser l'harmonie qui paraît relier tous les éléments du roman. L'écrivain fournit même ici et là quelques clés de son travail. Comme, page 43 « Et avec l'écriture c'est la même chose, j'attache tout ensemble pour ne rien lâcher, parce que si je pose un point, je pose aussi la fin d'une phrase et, entre la fin d'une phrase et le début d'une autre, il y a un trou, une solution de continuité, qui peut être un abîme. » Mais qu'on ne s'y trompe pas. Le style de Pierrette Fleutiaux, pour unique et splendide qu'il soit, ne met jamais un frein à ce qu'elle raconte. II n'occulte ni le récit à résonances initiatiques ni le suspense qui en découle. Impossible de lâcher Les amants imparfaits sitôt sa lecture entamée. L'auteur y reste d'une habileté diabolique.
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