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Septembre 2005
AMANTS IMPARFAITS CHERCHENT PERFECTION
Pierrette Fleutiaux s'attache à ses personnages
fantasques, les entraînant dans des récits à épisodes,
graves ou comiques, des "fantasias"... Auteure de romans prenants
et haletants, elle réalise avec Les Amants imparfaits un
ouvrage de maturité.
Pierrette Fleutiaux est une femme attachante. Bercée
dès sa plus tendre enfance dans un climat familial propice à
la découverte des livres (une mère professeur et un père
directeur de l'école normale d'instituteurs), elle évoque
sans rougir et avec passion ses premiers souvenirs de lecture : Jules
Verne, Jane Austen et aussi Platon, qu'elle découvre très
jeune sans forcément le comprendre, mais dont elle trouve le mythe
de la caverne « rigolo et très excitant ».
C'est paradoxalement la philosophie et la lecture de Deleuze, de Rosset,
qui la pousse encore un peu plus vers la littérature. Elle obtient
son agrégation d'anglais à la Sorbonne mais se sent diminuée
à Paris, qu'elle quitte avec soulagement pour New York. Délaissant
vite l'enseignement pour divers petits boulots, elle voyage, se forge
un regard.
À l'heure où paraissent de plus en plus de textes faussement
introspectifs, où pérore une littérature soi disant
psychologique, où l'intrigue est rare et le ressassement omniprésent,
à l'heure où tout le monde veut être écrivain
mais n'a rien à raconter, elle bâtit ses livres sur des sujets
douloureux (Des phrases courtes, ma chérie), impérissable
(Nous sommes éternels), parfois exotique (Allons nous
être heureux ?), mais toujours creusé, mis en scène
et en mots. Quand nombre de romanciers tentent en vain l'exercice de style
parfait, elle préfère bâtir une intrigue, toute en
style et structure.
Les Amants imparfaits est à ce titre parfaitement mené.
On y rencontre Raphaël, narrateur tourmenté, qui consigne
sa drôle d'histoire sur le papier, rassemble ses souvenirs, les
clarifie et interroge sa mémoire dans une longue confession écrite
en apnée. Raphaël est un jeune garçon de la campagne
qui voit débouler dans son univers réglé un couple
de jumeaux dangereusement fascinants. Plus il les approche, plus eux s'éloignent,
plus il tente de s'immiscer, de s'inclure dans leur monde bicéphale,
plus il s'en sent exclu, étranger à jamais. Pourtant il
entrevoit ce monde, et celui ci l'envoûte, jusqu'au drame. Longue
pénitence incarnée et haletante, Les Amants imparfaits
tient tout à la fois de la peinture de murs, de l'analyse
psychologique sur la géméllité, du roman d'initiation
et du thriller. On y entre étonné et on en sort subjugué.
Voici un parfaitement bon roman que l'on doit à une romancière
douée.
Romain Plyer
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