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LeMensuel novembre 2005
Un mélange de peur et de ravissement : c'est
le souvenir que garde Raphaël de sa rencontre avec les jumeaux, Camille
et Léo, enfants gracieux, pas du tout agressifs, déjà
profondément troublants, " une telle solitude, chacun,
et pourtant un tel compagnonnage ". Inséparables, si
semblables qu'on peine à les reconnaître. Qui est le garçon,
qui la fîlle ? Ils avaient six ans alors, Raphaël neuf.
De ce trouble, durant vingt ans, fl ne sortira pas, aspiré dans
ce cocon gémellaire comme le troisième qui manque, le substitut
de celui qui avait été conçu en même temps
que les jumeaux, étouffé, dévoré par eux,
comme devaient le révéler les images de la science... Il
y a bien l'amitié de Paul, dont il apprécie la simplicité,
les filles rencontrées à l'adolescence, mais rien, jusqu'au
drame, ne le guérira de ses tourmenteurs au regard clair, si clair
que, le coeur chavire autant qu'il se révolte. Et il faut bien
retourner aux premiers instants pour les voir tous les trois ensuite,
scellés dans une impossibilité à vivre et à
aimer, condamnés aux détours tragiques que l'on ne peut
éviter quand l'amour et la sexualité, disjoints, s'exaspèrent
et désespèrent. Parler d'innocence et de perversité,
c'est encore décrire de l'extérieur.
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